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samedi 7 mai 2011

Terre étrangère

"On entre en société comme en terre étrangère", dit Ferdinand Tönnies dans cette citation que j'ai postée fin mars. Je n'ai jamais autant ressenti la vérité de cette phrase que dans la soirée du 2 mai, pendant que je regardais le nombre de sièges des Conservateurs monter jusqu'à atteindre la majorité. Une majorité sans le Québec, balayé quant à lui par la fameuse vague orange que les chroniqueurs de toutes allégeances interprètent à tort et à travers depuis bientôt une semaine.

Pendant cette soirée électorale, j'ai senti que le Québec était ma communauté et que le Canada était cette société étrangère à laquelle il est si difficile d'appartenir. Même si je ne me fais pas beaucoup d'illusion sur la force des convictions gauchistes de mes concitoyens (après tout, la dernière vague de changement a mené à un triomphe adéquiste), les résultats prouvent quand même, une fois pour toutes, que le Québec et le ROC veulent des choses différentes et, apparemment, inconciliables.

Depuis bientôt deux ans, je m'acharne à analyser trois pièces de théâtre qui, à mon avis, règlent le problème de la crise identitaire par l'ouverture de la communauté sur l'Autre. Aujourd'hui, l'Autre ne me plaît pas du tout, et j'ai moins que jamais envie de m'ouvrir sur lui. Et plus que jamais, j'ai envie que, collectivement, on reproduise ce miracle qui nous fait voter tous ensemble dans la même direction et, en l'occurrence, complètement à l'envers du reste du pays, pour enfin se donner le droit d'avoir notre propre pays, dans lequel on n'entrerait pas comme en terre étrangère.

Les Canadiens n'ont pas besoin de nous pour fonctionner, ils nous l'ont bien démontré lundi dernier. Alors, qu'est-ce qu'on attend?

dimanche 27 mars 2011

Vous avez dit conservateurs?

Si vous doutez encore du niveau de conservatisme d'Harper et ses comparses, ou même si vous en êtes convaincus, allez lire ceci et faites circuler, pour le bien de vos concitoyens. C'est une page recensant des citations des candidats conservateurs, dont Stockwell Day et Stephen Harper. Je vous garantis un "QUOI???" horrifié pour chaque phrase.

Beaucoup de mots et de petits vêtements

Pas grand-chose à raconter, ces jours-ci : ma vie se résume à un sprint de rédaction d'article et de mémoire et à des préparatifs pour l'arrivée de bébé, qui devrait pointer le bout de son nez (ou, littéralement, de sa tête) dans une dizaine de semaines.

Tout ça entrecoupé de déception et d'indignation devant la politique fédérale (non mais, vraiment, est-ce qu'on va réélire les conservateurs? franchement, là?), le presque-tuage de Pacioretty par Chara et les blanchissages répétés de Canadien.

Vous proposez quoi, comme solution? On vote Bloc, NPD, Libéral? On poursuit Chara en justice? On vire le coach?

jeudi 7 octobre 2010

C'est en forgeant...

Moi et la voiture, on n'est pas des grandes amies. Je suis plutôt du genre à regarder par la fenêtre qu'à prendre le volant. Quand même, je me suis décidée à passer enfin mon permis cette année (à 25 ans!), parce que je commençais à me dire que ce serait pratique, mais pour l'instant, j'aime pas ça tant que ça.

Bon, j'ai eu seulement 3 cours d'une heure, et je sais maintenant faire de très beaux stationnements parallèles (là-dessus je suis assez fière), mais franchement, je ne me sens pas si bien avec cette grosse affaire entre les mains. Il faut être à l'affût de tout, et je suis plutôt du genre tête-en-l'air, incapable de me concentrer sur plusieurs affaires en même temps. Rationnellement, je sais très bien tout ce que je dois faire, mais au moment de l'appliquer, c'est moins facile...

Et surtout, je manque d'occasions pour conduire, ce qui ne m'aide certainement pas à prendre de l'assurance.

En bref, j'aime pas quand quelque chose me résiste, donc jusqu'à maintenant, j'aime pas conduire, et je commence à me dire (même si je sais que c'est défaitiste) que je ne réussirai jamais à aimer ça et, surtout, à être vraiment bonne.

Et vous, ça a été comment, l'apprentissage?

mercredi 13 janvier 2010

Haïti

Avez-vous vu les photos? C'est le chaos, complètement.

Le plus ironique, là-dedans, c'est que Dany Laferrière est là-bas en ce moment parce qu'il préparait avec des journalistes un reportage sur Haïti et sur l'univers de son roman... Un reportage qui se voulait positif et qui a déjà viré au cauchemar.

Si ce n'est pas déjà fait, j'aimerais vous inviter à faire un don à la Croix-Rouge... Ils en auront besoin.

samedi 10 octobre 2009

De livres et d'industrie

Entendons-nous : j'aime bien Dompierre, et je lis avec plaisir les blogues de Caroline Allard (a.k.a. Mère Indigne) et de Pierre-Léon Lalonde (Un taxi la nuit). Mais je suis quelque peu ambivalente quant au nouveau projet de La Presse qui consiste à leur faire écrire à tous les trois (et à Dominique Fortier) une nouvelle inspirée d'un fait divers, puis à publier lesdites nouvelles.

Ambivalente, parce bon, si on voit la chose sous l'angle de l'industrie culturelle (je dé-tes-te cette expression), c'est peut-être pas mauvais. Après tout, ça consiste à diffuser des textes de fiction auprès du lectorat d'un journal, et ce n'est pas impossible que certains lecteurs aient ensuite envie d'acheter des livres.

Mais ambivalente aussi parce que, si on voit la chose sous l'angle de l'industrie culturelle, ce n'est après tout qu'un méchant coup de marketing. Ils n'ont pas invité Catherine Mavrikakis, Nicolas Dickner, Monique LaRue ou Dany Laferrière, et encore moins Jean-Marc Desgens, Hélène Dorion ou Jean-Paul Daoust. Non : ils ont choisi des auteurs à succès qui, s'ils font une littérature plaisante, ne passeront pas à l'histoire pour avoir apporté de l'eau au moulin de la recherche formelle. Ils ont choisi des gens populaires, qui font vendre des livres et, évidemment, des exemplaires du journal. Et dont, de toute façon, on entend constamment parler un peu partout (dans la mesure où c'est possible en littérature), au point de ne plus rien vouloir en savoir.

Vous l'aurez compris, d'une façon ou d'une autre, on parle ici d'industrie culturelle. Pas de littérature. C'est un peu comme le Salon du livre, vous voyez - on parle de livres (de cuisine, de photos, de scientologie), pas de Salon de la littérature. Et c'est ce qui me dérange. En soi, les nouvelles inspirées d'un fait divers, c'est pas une mauvaise idée; mais pourquoi est-ce qu'on n'invite que les auteurs dont on parle déjà? Pourquoi est-ce que, encore une fois, on ne prête qu'aux riches?

Et bon, en plus, la présentation du concept sur cyberpresse commence par un sujet amené que j'aurais refusé aux étudiants de mes ateliers de rédaction : "Depuis toujours, les écrivains s'inspirent des faits divers pour créer leurs fictions."

Come on. Êtes-vous des journalistes, ou bien vous êtes des élèves de secondaire 5?

lundi 14 septembre 2009

Littérature de poussin


Bon. Qu'on se le dise : la fille qui lit de la chick lit (de chick literature, à peu près "littérature de poulettes"), ce qu'elle veut, c'est sensiblement la même chose que la mère de famille qui lit un Harlequin : une histoire d'amour excitante, pleine de rebondissements et de suspense, mais tout au long de laquelle elle SAURA que l'héroïne finira avec le héros. Et elle veut aussi que, même si elle le sait, elle puisse espérer tout le long que ça arrive, pour que sa satisfaction quand ça finira par arriver soit immense. J'irais jusqu'à dire : cathartique. Parce que la lectrice de chick lit, elle veut vivre, par procuration, tous les frissons de l'histoire d'amour enlevante en restant sagement avec son chum ou son mari, ou alors avec son chat, en espérant vivre la même chose un jour, mais pour vrai. Et en lisant ladite histoire d'amour, elle purge ses passions. Si si, comme au théâtre, mais en moins subtil.

Bon, je dis ça, dans le fond j'ai juste lu deux romans de chick lit dans ma vie. Le premier, c'était pour un travail sur le postféminisme dans un cours sur la littérature des femmes au Québec (et c'était Soutien-gorge rose et veston noir de Rafaële Germain, en l'occurrence). L'autre, c'était absolument pour rien, parce que c'était l'été et que j'avais envie de quelque chose de pas intellectuel, et bon, évidemment, parce que j'avais envie d'une histoire d'amour enlevante. J'ai donc emprunté l'autre livre de Rafaële Germain à une amie. Le premier, s'il était terriblement médiocre sur le plan du style, avait eu le mérite de me donner envie, tout au long de ma lecture, que telle fille finisse avec tel gars. J'espérais à peu près la même chose du deuxième, pas plus.

Déception. Ce deuxième livre ne respecte absolument pas les règles du genre (voir plus haut). Non seulement l'héroïne ne finit pas avec le gars avec qui on voudrait qu'elle finisse, mais on a l'impression qu'elle fait la morale à sa lectrice en lui disant de vieillir, d'être plus sage, d'avoir moins peur, d'avoir moins d'espoirs fous, et d'accepter d'aimer le gars gentil, doux, bon pour elle. Bref, d'être une ADULTE. Bordel. La lectrice de chick lit ne veut surtout pas que l'héroïne devienne une adulte, et encore moins qu'on lui demande de faire pareil. Justement : elle veut que l'héroïne soit jeune et folle, pour pouvoir se vautrer dans la nostalgie de cette époque où elle l'était, elle aussi, ou encore pour s'identifier à elle. Mais là, dans Gin tonic et concombres, zéro identification. Complètement raté.

Ce que je trouve le plus triste, dans tout ça, c'est que si on enlève l'étiquette un peu culpabilisante mais rassurante de chick lit à ce livre, qu'est-ce qui reste? Rien, sinon le constat désolant que l'auteure de ce livre n'est pas une bonne écrivaine. L'histoire est entortillée, c'est mal écrit, et c'est même pas satisfaisant.

Mais alors, dites-moi : pourquoi est-ce qu'autant de filles le lisent malgré tout?

dimanche 23 août 2009

Virage à droite

Je suis inquiète pour certains individus de ma génération qui, visiblement, n'ont jamais pris connaissance de cette charmante citation (dont j'ai oublié l'auteur) :

Celui qui n'est pas communiste à 20 ans n'a pas de coeur; celui qui l'est encore à 40 ans n'a pas de tête.

Les jeunes adéquistes, apparemment, n'ont pas de coeur. Non seulement ils appuient les idées de droite de leur parti, mais ils proposent des mesures complètement radicales, dont voici une petite liste non exhaustive :
- abolir les cégeps;
- éliminer la loi anti-briseurs de grève;
- hausser les frais de scolarité;
- abolir la formule Rand (qui permet aux syndicat d'obtenir des cotisations syndicales - qui serviront justement de fond de grève)
- privatiser la SAQ
- etc.

Évidemment, toutes ces mesures n'ont pas été acceptées par l'ensemble des jeunes adéquistes, rassemblés en congrès à Lévis cette fin de semaine; mais le simple fait que quelques-uns d'entre eux en aient fait la proposition à l'assemblée me sidère. D'autant plus que certaines, notamment celles qui concernent la SAQ, la formule Rand et les frais de scolarité, ont été adoptées à l'unanimité.

Vous avez bien lu. À l'unanimité.

Corrigez-moi si je me trompe, amis uqamiens, mais l'AFESH elle-même, asso très à gauche des sciences humaines, ne vote pas pour la gratuité scolaire à l'unanimité.

La droite est elle la nouvelle gauche des gens de notre âge?

lundi 6 juillet 2009

Kooovyyyyy...!

J'y crois pas. Je pars une semaine et Gainey en profite pour foutre le bordel. Saleté de jeu.

samedi 20 juin 2009

Animateur en programmation de soirée nationale


Ça y est. C'est la fin de Macadam Tribus, après douze ans d'antenne.

J'ai découvert cette émission vers la fin de mon secondaire, alors que je n'étais pas encore l'auditrice assidue de la Première Chaîne que je suis aujourd'hui, grâce à des amis plus cultivés que moi. Je n'y suis pas toujours restée fidèle, mais j'y suis toujours revenue, périodiquement - il faut dire que, avec la plus récente case horaire, c'était devenu plutôt impraticable. Et ne me parlez pas de la baladodiffusion, j'ai essayé, mais je suis incapable d'écouter une émission de radio "en retard" comme on écouterait un épisode de série enregistré à la télé.

N'empêche, même de loin, ça me rassurait de savoir qu'il y avait, à la radio d'état, une émission comme Macadam Tribus, qui était capable d'atteindre un niveau de connerie qui n'avait d'égal que l'intelligence des animateurs et des chroniqueurs. Et une émission qui faisait jouer tout ce dont Fréquence libre, et encore moins Espace musique, n'osaient même pas parler.

Il y avait ce jeu constant, aussi, entre le vrai et le faux, cette zone grise dont Jacques Bertrand a parlé tout à l'heure chez Le Bigot, dans laquelle l'auditeur est toujours plongé, et qui me plaisait tellement. À Radio-Canada, ne pas savoir si ce qu'on nous dit est sérieux ou si on se fout de notre gueule est une chose rare. Qui exerce l'esprit critique et le sens de l'ironie.

Et c'est peut-être pour ça que c'est là qu'on coupe, aussi.

Je vous laisse sur un extrait, ici.

lundi 20 avril 2009

Quand la réalité fait plus peur que la fiction


Vous vous souvenez de la tuerie du Columbine? Dans les journaux, à la télé, on avait décrit les deux ados responsables par les clichés habituels : victimes d'intimidations, fans de Marilyne Manson, rejetés et assoiffés de vengeance... Ça faisait peur, parce que des jeunes intimidés, il y a toujours eu, il y en aura sans doute toujours, et on ne sait jamais quand l'un d'eux décidera de se retourner vers nous avec un gun. Ça faisait peur, mais au moins, ça créait une sorte de sens, ou du moins, une explication, et ça permettait d'espérer qu'on ne répèterait pas les mêmes erreurs.

Sauf que la vérité, mise au jour par le journaliste Dave Cullen dans son livre Columbine, casse complètement l'image qu'on s'était faite. Ces deux gars-là étaient brillants, sociables, sportifs. Ils étaient appréciés par les profs et les élèves, et même par les filles. Des gars ordinaires - pire, des bons élèves, le genre qui écrivent des poèmes contre la haine dans leur cours de création littéraire.

Rien, mais vraiment rien de commun avec les caricatures que, comme le dit Rima Elkouri, on aurait bien voulu qu'ils soient. Mais alors, comment on explique tout ça?

Selon Cullen, l'un d'eux était un réel psychopathe; l'autre cachait une dépression et des idées suicidaires qui l'auraient rendu influençable. Mais ça, personne ne le voyait, personne ne le savait.

Et c'est pour ça que la vérité est encore plus effrayante que le mythe : parce qu'elle brise l'idée rassurante qu'en règlant le problème de l'intimidation, on règlera le problème de la violence. Parce qu'elle nous montre que le prochain tueur (parce qu'il y en aura un, quelque part), ça pourrait vraiment être n'importe qui.

lundi 9 mars 2009

C'est peut-être la cravate


Carbo est dehors. Bon.

Remplacé par Bob Gainey. Une autre affaire.

Bob Gainey qui a dit, le 12 janvier : « L'embauche de Guy Carbonneau a été mon meilleur coup. L'organisation a bâti une bonne équipe. Cette équipe est aujourd'hui bien dirigée. »

Ouin.

Même Miss Miller est sans voix.

Ok, on le voyait venir, un peu. Il y a eu la défaite 7-2 à Edmonton. Et plusieurs autres défaites avant ça. Mais les Canadiens jouent toujours mal après Noël. Ça doit être la dinde, ou bien la bûche. Et là, il reste qu'ils sont en train de se battre pour faire les séries, et c'est un drôle de moment pour changer de coach.

Et puis, je l'aimais, moi, Carbo.

vendredi 6 mars 2009

Une page de pornographie juvénile avec ça?

Est-ce que je suis la seule à être terriblement (complètement, irrémédiablement) dégoûtée par l'histoire de Jean-François Harrisson?

Je ne verrai plus jamais les grenades de la même manière.

AJOUT : Allez lire Ranger à ce sujet... Ça vaut le coup pour hurler un peu!

lundi 2 mars 2009

Un PM avec des cheveux (et un cerveau) de Playmobil

Le gouvernement Harper ne finira jamais de me surprendre.

Notre premier ministre a déclaré récemment que les troupes devaient quitter l'Afghanistan parce qu'elles ne réussiraient jamais à combattre l'insurrection. Éclair de lucidité? J'ai bien hâte de voir comment Obama va répondre à ça - en actes, j'entends.

Peu auparavant, dans le budget 2009, notre même premier ministre (avec la complicité de son ministre des finances) a écrit que le Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) consacrerait désormais la majorité de ses bourses à des "business-related studies".

Bon. En tant que candidate à une bourse du CRSH pour la maîtrise en études littéraires, je ne suis peut-être pas objective. Mais il me semble que réduire "sciences humaines", un domaine que le CRSH subventionne depuis plus de 30 ans, au domaine des affaires, c'est révoltant.

Niki Ashton, une député du NPD, a mis en ligne une pétition contre ce projet réducteur et insultant pour tous les étudiants et chercheurs en arts et sciences humaines; c'est ici.

mercredi 31 décembre 2008

Mourir à Noël (2)


J'ai vu Le retour au TNM, en novembre (la pièce d'Harold Pinter, pas une adaptation du téléroman du même nom). C'était pas très bon, je dois dire. Comme (trop) souvent au TNM.

Cependant, ça m'a fait un peu penser, dans un autre genre, à du Caryl Churchill : Le retour avait quelque chose de très Blue Heart, section "Cafetière bleue". C'est peut-être tiré par les cheveux, comme rapprochement, je dis peut-être ça seulement parce qu'ils sont tous les deux britanniques. Mais enfin, à cause de ça, j'ai eu envie de lire du Pinter en anglais. Son théâtre, qui a quand même contribué à son Nobel de littérature, est certainement plus intéressant en langue originale, puisqu'il est pratiquement intraduisible.

J'ai commencé du même coup à m'intéresser à l'individu, que je ne connaissais que de nom, à travers des cours de dramaturgie suivis à l'université. J'ai découvert que c'était une maudite grande gueule, qu'il s'était opposé à la guerre en Irak. Qu'il était un écrivain qui profite de sa tribune pour essayer de de faire bouger des choses, au risque de susciter de la controverse. Qu'il était aussi intéressant que son oeuvre.

Et bang, il meurt la veille de Noël.

C'est un peu comme perdre un ami que tu viens juste de te rencontrer. Et puis, la mort d'un Nobel de littérature, c'est toujours une perte pour l'humanité, surtout quand il est aussi mêlé à la vie publique.

Mourir à Noël (1)

Je l'ai déjà dit, la Première Chaîne de Radio-Canada joue en permanence chez moi, ce qui veut dire que, même si j'ai passé l'âge, j'écoute encore 275-Allô. Malheureusement, en ce moment, le thème de l'émission est insupportable et l'animatrice, Élaine Ayotte, me donne envie de lancer des roches à ma radio tellement ses questions sont insignifiantes et tant elle prend les enfants pour des cons. 275-Allô est devenu un genre de Deux filles le matin. Il faut dire que l'émission a des hauts et des bas, surtout des bas, depuis 2007 : Valérie Letarte, qui animait l'émission depuis 2003, a quitté cette année-là, apparemment de façon temporaire, puis complètement, sans plus d'explications.

Aujourd'hui, j'ai compris pourquoi elle avait quitté l'émission : elle vient de décéder d'un cancer.

Ça peut paraître absurde, mais ça me fait quelque chose. Quand j'ai recommencé à écouter 275-Allô, devenue (presque) adulte, c'était elle qui était à la barre, et elle savait aller chercher l'intelligence chez les enfants de 5 ans un peu gênés qui n'osaient pas aligner 3 mots autant que chez les petits je-sais-tout de 8-9 ans.

Des gens qui savent traiter les enfants comme des individus complets, il n'y en a pas tant que ça, et on vient d'en perdre une...

mardi 2 décembre 2008

La mort de l'AQT

Je suis fâchée. Mais vraiment fâchée. Et déçue, aussi.

Je sais, on est en pleine crise financière. Mais merde, l'Académie québécoise du théâtre était un OBNL qui fonctionnait avec un budget de 85 000$ par an. Je veux dire, il y a beaucoup d'individus qui font plus d'argent que ça dans une année. Et là, faute de subvention, ils doivent fermer. Parce que, tsé, ils n'ont pas pu payer leur directrice générale depuis 2 mois. Et leur conseil d'administration faisait du bénévolat pour que le travail soit fait.

Alors fini l'AQT. Fini, le Gala des Masques.

Qui fera la promotion du théâtre? Qui travaillera à son développement? Qui récompensera le travail sous-payé des praticiens?

On a beau dire que le théâtre est marginal, qu'en temps de crise, il faut couper dans le moins rentable, que les cotes d'écoutes des Masques étaient faibles, et tutti quanti, il reste que, quand un spectacle remportait un Masque, le théâtre, même petit, pouvait reprendre le spectacle l'année suivante, et les gens y allaient. C'est ça qui rend un art vivant, et (pour les gestionnaires qui veulent moins d'art et plus d'argent) c'est ce qui fait marcher l'industrie.

jeudi 20 novembre 2008

L’édition-scrapbooking ou Le triomphe des gens riches et ordinaires

J’ai un préjugé favorable pour les maisons d’édition indépendantes. J’en suis à ma troisième révision linguistique bénévole parce que je crois au projet de ces trois cinglés inventifs et audacieux. Je fréquente avec joie et curiosité l’Expozine et autres événements de l’édition indépendante et j’aime y acheter des livres qui ne seraient souvent pas vendus ailleurs, pour de multiples raisons institutionnelles.

Mais quand je tombe sur un article comme celui-là dans les grands titres de la section Arts et spectacles de Radio-Canada.ca et de Yahoo Québec, loin devant les articles sur le Prix du gouverneur général de Marie-Claire Blais et le prix Louise-LaHaye de Daniel Danis, j’avoue que ma bonne volonté fout le camp : « édition indépendante » ne veut pas dire « scrapbooking ».

L’histoire est n’a rien de neuf. Comme beaucoup de quinquagénaires, Francine Blanchette, une femme ordinaire qui « n'a rien de l’intellectuelle québécoise », décide d’écrire un roman. Son œuvre est refusée par les maisons d’édition. Tenace, elle décide alors de s’éditer elle-même.

Là n’est pas le problème : les publications à compte d’auteur, ça fourmille tellement que La Presse en a déjà fait un phénomène de société. Si ce n’était que ça, on rigolerait un peu devant son site Internet au graphisme arc-en-ciel et à la programmation boiteuse, on la trouverait bien chanceuse d’avoir une si bonne illustratrice et on oublierait tout ça.

Non, le problème, c’est que, parce qu’elle a les moyens de se payer une table, elle dédicacera son œuvre pendant 6 jours au Salon du livre de Montréal. Et le problème, c’est aussi que Radio-Canada, plutôt que de relever l’absurdité de ce critère de sélection, en profite pour nous faire croire que la littérature est comme un meuble IKEA : tout le monde peut le faire, même sans outils!

Alors que des dizaines de maisons indépendantes publient des livres de qualité à prix décent et n’ont pas les moyens d’envoyer leurs auteurs au Salon du livre, Francine Blanchette peut y dédicacer son roman en toute légitimité simplement parce qu’elle a le fric (il faut dire qu’elle a le culot de vendre son livre 32,95$). Et c’est d’elle qu’on parle dans les médias, dans cet article navrant de pauvreté stylistique, au lieu de parler de la véritable persévérance en littérature – celle qui se vit loin des regards, faute de moyens.

Je n’irai pas au Salon du livre cette année. Je serai à l’Expozine, les 29 et 30 novembre, avec ceux qui choisissent de faire les choses différemment.

jeudi 6 novembre 2008

Après le progrès, le recul

La Californie, avec 55 grands électeurs, a largement contribué à l'élection d'Obama.

Sur le même bulletin de vote, les Californiens devaient voter pour ou contre la proposition 8, qui stipule que, contrairement à la loi actuelle, "seul un mariage entre un homme et une femme peut être valide ou reconnu en Californie ".

Ils ont voté pour.

lundi 3 novembre 2008

Décrassez-moi cette ignorance

Malgré tout le respect que j'ai pour certains États-Uniens de ma connaissance (et je salue au passage Lorraine et Emily, si elles passent toujours par ici), je dois dire que je suis chaque jour un peu plus effarée par ce que j'apprends de leur ignorance.

La semaine dernière, c'était Sarah Palin qui ne connaissait pas le nom du premier ministre du Canada. Pourtant, elle habite presque au Canada, elle voit le Yukon autant que la Russie, de chez elle.

Aujourd'hui, Céline Galipeau, qui couvre la campagne présidentielle à travers le pays, a raconté que plusieurs personnes qu'elle avait rencontrées pensaient que les Canadiens votaient eux aussi à cette élection. Ils n'ont pas visiblement pas compris le principe, là.

Ça m'inquiète d'autant plus de savoir que ce sont ces gens-là qui vont décider du sort d'une bonne partie de la planète, demain...

Allez, pour rire un peu et pour se donner du courage, une dernière fois :