
Bon. Qu'on se le dise : la fille qui lit de la
chick lit (de
chick literature, à peu près "littérature de poulettes"), ce qu'elle veut, c'est sensiblement la même chose que la mère de famille qui lit un Harlequin : une histoire d'amour excitante, pleine de rebondissements et de suspense, mais tout au long de laquelle elle SAURA que l'héroïne finira avec le héros. Et elle veut aussi que, même si elle le sait, elle puisse espérer tout le long que ça arrive, pour que sa satisfaction quand ça finira par arriver soit immense. J'irais jusqu'à dire : cathartique. Parce que la lectrice de
chick lit, elle veut vivre, par procuration, tous les frissons de l'histoire d'amour enlevante en restant sagement avec son chum ou son mari, ou alors avec son chat, en espérant vivre la même chose un jour, mais pour vrai. Et en lisant ladite histoire d'amour, elle purge ses passions. Si si, comme au théâtre, mais en moins subtil.
Bon, je dis ça, dans le fond j'ai juste lu deux romans de
chick lit dans ma vie. Le premier, c'était pour un travail sur le postféminisme dans un cours sur la littérature des femmes au Québec (et c'était
Soutien-gorge rose et veston noir de Rafaële Germain, en l'occurrence). L'autre, c'était absolument pour rien, parce que c'était l'été et que j'avais envie de quelque chose de pas intellectuel, et bon, évidemment, parce que j'avais envie d'une histoire d'amour enlevante. J'ai donc emprunté l'autre livre de Rafaële Germain à une amie. Le premier, s'il était terriblement médiocre sur le plan du style, avait eu le mérite de me donner envie, tout au long de ma lecture, que telle fille finisse avec tel gars. J'espérais à peu près la même chose du deuxième, pas plus.
Déception. Ce deuxième livre ne respecte absolument pas les règles du genre (voir plus haut). Non seulement l'héroïne ne finit pas avec le gars avec qui on voudrait qu'elle finisse, mais on a l'impression qu'elle fait la morale à sa lectrice en lui disant de vieillir, d'être plus sage, d'avoir moins peur, d'avoir moins d'espoirs fous, et d'accepter d'aimer le gars gentil, doux, bon pour elle. Bref, d'être une ADULTE. Bordel. La lectrice de
chick lit ne veut surtout pas que l'héroïne devienne une adulte, et encore moins qu'on lui demande de faire pareil. Justement : elle veut que l'héroïne soit jeune et folle, pour pouvoir se vautrer dans la nostalgie de cette époque où elle l'était, elle aussi, ou encore pour s'identifier à elle. Mais là, dans
Gin tonic et concombres, zéro identification. Complètement raté.
Ce que je trouve le plus triste, dans tout ça, c'est que si on enlève l'étiquette un peu culpabilisante mais rassurante de
chick lit à ce livre, qu'est-ce qui reste? Rien, sinon le constat désolant que l'auteure de ce livre n'est pas une bonne écrivaine. L'histoire est entortillée, c'est mal écrit, et c'est même pas satisfaisant.
Mais alors, dites-moi : pourquoi est-ce qu'autant de filles le lisent
malgré tout?