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lundi 22 août 2011

Mme Maigret et moi

Je l’avoue. Parfois, seulement parfois, j’envie Mme Maigret.

Le matin, Mme Maigret se lève de bonne heure, prépare du café et en apporte une tasse à Maigret. Son mari parti, elle passe une partie de la matinée à faire son ménage, puis elle sort faire son marché avec son filet à provisions. La boucherie, la fruiterie, la fromagerie, la boulangerie. Toujours les mêmes fournisseurs, qu’elle connaît bien et en qui elle a confiance.

Ensuite, elle rentre à la maison et prépare un déjeuner bien français : de l’andouillette, ou du foie de veau. Certains jours, Maigret rentre déjeuner avec elle, marmonne quelques mots sur son travail et repart. D’autres jours, elle mange seule, et elle ne semble pas s’en plaindre.

Ses après-midi sont plus flous. Elle écoute la radio, lit les journaux, fait du tricot dans un square. Ou alors elle téléphone à sa sœur en Alsace. Et pour le repas du soir, elle prépare un plat bien français : de la blanquette de veau, ou de la raie au beurre noir. Avec Maigret, ils vont au cinéma après le repas, à pied, en se tenant par la taille. Ou alors, ils mangent avec leurs amis les Pardon, et Mme Maigret chuchote dans un coin avec Mme Pardon pendant que les hommes boivent de la prunelle.

Mme Maigret a la vie des femmes de sa génération, la vie que j’imagine à ma grand-mère lorsque les enfants avaient quitté la maison. Une vie simple, en ordre, heureuse et sans histoire. Parfois, seulement parfois, je l’envie. Pourtant, Mme Maigret est le contraire du féminisme, et le contraire de la vie que je mène. Mme Maigret est une ménagère exemplaire : timide, dévouée à son mari, gardant ses opinions pour elle et sans projet ou ambition qui lui appartienne. Elle est à cheval sur la propreté et sur la morale bourgeoise de l’époque - elle est même un peu prude.

Mais Mme Maigret réussit à faire tout ce que je ne sais pas faire : tenir sa maison propre, prendre le temps de choisir chaque ingrédient et cuisiner des repas complexes chaque jour, mener une vie paisible et organisée. Parfois, comme elle, j’aimerais être capable d’avoir une routine, de ne pas m’éparpiller sans cesse, de finir ce que je commence, de faire le ménage correctement, de me contenter de peu.

Parfois, j’aimerais que ma vie soit simple et prévisible comme celle de Mme Maigret.

Mais seulement parfois.

lundi 31 janvier 2011

Comment tromper sa culpabilité (voire, être véritablement efficace)


Vendredi dernier, La Presse publiait un dossier sur la procrastination. J'en ai profité, samedi, pour le lire au complet avant (au lieu) de terminer un document pour mes étudiantes (oui, étudiantes : que des filles dans mon groupe!). Je me suis reconnue, même si ça ne m'a absolument pas aidée à trouver des trucs. Heureusement, depuis quelques années, j'en ai développé par moi-même.

En tant qu'étudiante en rédaction de mémoire, travailleuse autonome occasionnelle, prof de cégep à temps partiel et auteure du dimanche, je passe beaucoup (beaucoup, beaucoup) de temps à la maison avec du travail à faire et des échéances plus ou moins floues. Pour survivre, il fallait que je trouve des solutions. Je vous les propose, même si elles ne sont pas toujours efficaces, et j'attends les vôtres...

#1 : SelfControl
Ma dernière trouvaille, la plus efficace de toutes : l'application SelfControl, qui permet de créer une liste noire de sites web à bloquer ou, mieux, une liste blanche de sites à débloquer pendant une période déterminée. Et attention, une fois que le compteur est parti, pas moyen de changer d'idée, même en redémarrant l'ordinateur : il faudra attendre que le temps se soit écoulé. Pour les désespérés, et pour Mac seulement.

#2 : aller travailler ailleurs
Personnellement, j'ai un faible pour le troisième étage de la BAnQ. Même si la connexion Internet y est toujours accessible, l'absence d'autres distractions (le téléphone, la machine à café, la vaisselle sale) et le climat de calme et de concentration absolue sont assez efficaces. Malheureusement, depuis quelque temps, ça devient un peu compliqué étant donné que ma fille aime vraisemblablement s'appuyer de tout son (maigre) poids sur ma vessie, ce qui multiplie mes allers-retours aux toilettes...

#3 : la procrastination productive
Ça reste une forme de procrastination, parce que même si c'est plus productif que lire des mangas sur Internet, ça n'aide pas le mémoire à s'écrire plus vite. Ça consiste à remplacer la procrastination improductive par le ménage (la vaisselle, le lavage), la cuisine (une sauce à spagh, une soupe, un pain aux bananes), l'exercice physique (allez, juste quelques squats avant de me mettre au travail!) ou toutes sortes de petites choses nécessaires mais absolument pas urgentes (écrire un texte pour le mariage d'une amie, poser un crochet, faire les démarches pour s'abonner à Communauto). Ça a l'avantage d'éviter la culpabilité qui vient avec la procrastination, et c'est encore mieux si vous utilisez une tâche professionnelle facile mais nécessaire (modifier un document sur l'accord du participe passé) pour repousser une tâche difficile (rédiger un chapitre de mémoire).

#4 : descendre mon bureau dans le sous-sol
Bon, ce n'est pas donné à tout le monde de vivre sur deux étages, mais le simple fait d'avoir à traverser le sous-sol et à monter les escaliers pour aller à la cuisine (mon lieu de procrastination préféré) suffit à me dissuader. Je garde même des provisions en permanence dans mon bureau (bien cachées dans mon Tardis Cookie Jar) pour éviter de m'interrompre pour aller chercher une collation.

#5 : tomber enceinte
Côté procrastination, ça a du bon et du moins bon, il faut l'avouer. L'inconvénient est que ça me donne toute une série de livres et de sites web à lire (je ne compte plus le temps passé sur Babble) et de choses auxquelles penser (choisir les couleurs de la chambre, magasiner une poussettes en ligne), mais l'avantage, c'est qu'il s'agit sans doute de l'échéance la plus incontournable de ma vie. J'ai donc commencé à compter à l'envers pour me motiver à être plus efficace, même si ça reste approximatif. Il me reste 18 semaines pour terminer une version satisfaisante de mon mémoire et de mon roman.

#6 : afficher un échéancier au mur
Pour les échéances floues ou lointaines, ça apporte un peu de réalité à toute l'affaire...

Vous en avez d'autres, des pires ou des meilleures? Je veux les lire.

samedi 1 janvier 2011

Résolutions

Cette année, ma vie va changer complètement. C'est déjà commencé, mais à peine; c'est vraiment en 2011 que tout va se jouer pour de bon. C'est un peu dur, dans ce contexte-là, de prendre des résolutions. Je ne sais tellement pas dans quoi je m'embarque que le simple fait de prévoir une attitude à adopter semble impossible.

La seule vraie résolution que je peux prendre maintenant, c'est celle-là : en 2011, j'essaierai d'être zen et de développer ma capacité d'adaptation. Je vous en donnerai des nouvelles.



(Et pour me faire plaisir, je peux aussi en prendre une autre, tiens : en 2011, je ne corrigerai plus d'élèves qui ne sont pas les miens. Non mais franchement, qui a envie de corriger des examens à développement le 1er janvier? Pas moi.)

vendredi 22 octobre 2010

À la guerre comme à la guerre

J'hésite à vous parler d'eux.

On se connaît à peine, quoique déjà, on a une petite histoire, des petites habitudes, des petites manies.

Au début, c'est comme les premières fréquentations. On se met à son avantage, on essaie de deviner l'autre, de voir venir ses réactions, de tester ses limites. On essaie mutuellement de se déstabiliser, de se faire rire, chacun pour des raisons différentes. Et puis, tranquillement, on commence à dévoiler ses failles, ses peurs, puis on apprend à se faire confiance et on s'installe dans la routine. On développe une façon d'être ensemble.

On traversera encore des déserts ensemble, des phases d'enthousiasme et d'autres de découragement, et finalement, on se quittera, heureux ou amers, c'est selon. Et on ne se sera jamais vraiment approchés.

Je fais de mon mieux pour leur donner le plus possible. Ils font de leur mieux pour le recevoir. Mais bordel qu'ils me tirent du jus. Avec moi, ils sont gentils - c'est après l'apprentissage qu'ils en ont. Chaque élément, chaque règle, chaque méthode, chaque ouvrage de référence, tout doit être justifié cent fois pour passer leurs barrières, leur méfiance. Ils cherchent les failles dans tout, ils refusent avant de savoir et ils en veulent férocement aux linguistes. Même les trucs pour leur faciliter la vie semblent être là à les narguer, à les menacer du bout du doigt, prêts à leur mettre des bâtons dans les roues.

45 heures à forcer leur résistance, à espérer qu'un peu de contenu fasse son chemin. Comme l'amour, comme la guerre, l'enseignement est parfois une conquête.

lundi 29 mars 2010

Where were you when

Un de mes collègues a fait un exposé aujourd'hui, dans le cadre d'un séminaire sur les fictions de la mémoire et de l'oubli, sur le phénomène du "where were you when...?" autour des événements collectifs marquants, par exemple la mort de JFK, les premiers pas sur la Lune, l'assassinat de Lennon ou, dans le cas de son exposé, le 11 septembre 2001. Il remarquait le besoin que nous avons, particulièrement dans le cas d'événements traumatiques, de transformer le macroévénement en microévénement, de passer du collectif à l'individuel en partageant notre expérience subjective afin de se réapproprier les événements - en privé, mais aussi publiquement, sur des sites comme celui-ci ou celui-là.

En discussion après l'exposé, on a tenté de faire la comparaison avec des événements individuels mais partagés par tous qu'on aime bien se raconter (premier baiser, première fois qu'on a fait l'amour, premier deuil, etc.), et on a réfléchi un peu sur la nécessité plutôt individualiste de raconter bien davantage que de lire les récits des autres, comme en témoignent d'ailleurs des sites comme Experience Project.

C'est vrai, en général, on préfère raconter où nous étions et revivre, de façon réparatrice peut-être, la journée fatidique, plutôt que de lire ou d'écouter les récits des autres qui, finalement, reviennent tous un peu au même. Mais pour faire un peu changement, j'ai envie de vous le demander, à vous : où étiez-vous ce jour-là?

lundi 15 mars 2010

Des normes du blogue

Je constate que je tiens ce blogue depuis septembre 2008, c'est-à-dire depuis exactement un an et demi (déjà? le temps passe si vite). Les premiers mois, l'enthousiasme aidant, les messages étaient quasi quotidiens, ou alors aux deux ou trois jours. Puis, parce que, dans la vie, je me lasse vite, le rythme s'est ralenti à un billet par semaine environ.

Je suis plusieurs blogues qui me nourrissent presque chaque jour de billets, alors que d'autres (Twist 'n serve, par exemple) se font plus rares. Heureusement, grâce à la magie du RSS (j'ai appris aujourd'hui que ça signifiait Really Simple Syndication, n'est-ce pas magique?), j'ai toujours mon lot de bloguerie quotidienne.

Mais je me demande... Dans un contexte aussi peu régulé qu'Internet (quoique ça tende à changer), mis à part le type de contenu, quelles sont les normes, les critères qui feraient qu'un blogue est meilleur qu'un autre, plus pertinent ou, du moins, plus "adéquat"? La fréquence de publication, la diversité des billets, la longueur des messages, la quantité de liens vers d'autres sites, est-ce que tout ça change quelque chose à votre perception de lecteur (car oui, c'est bien de lecture qu'on parle ici)? À partir de quels critères peut-on dire qu'un blogue a ou non sa raison d'être?

jeudi 4 mars 2010

À l'affiche dans une librairie près de chez vous

Il semble y avoir une nouvelle mode : celle de tourner des bandes-annonces pour des romans. On peut en voir une ici, une autre ici, et encore une autre , de style et de qualité divers. Bon, je connais personnellement deux des trois auteurs auxquels mes liens renvoient, c'est peut-être pour ça que ça me fait l'impression d'une mode, mais je ne crois pas me tromper. Il y a bel et bien une tendance.

Or, je suis un peu perplexe devant cette nouvelle forme de pub. En fait, je ne suis pas seulement perplexe, je suis mal à l'aise. Pas parce que ce n'est pas intéressant, ou pas beau, ou pas bien fait. Parce qu'on me montre des images pour me vendre un objet qui est, par définition, sans image.

Je ne veux pas voir les personnages, les lieux ou, pire, une scène du livre avant de les avoir imaginés moi-même. Je ne veux pas me faire imposer la face d'un acteur à la place de celle du personnage. Je ne veux même pas me faire suggérer une ambiance!

Je trouve le concept extrêmement contradictoire, voire antilittéraire. Pour moi, moins un livre est transposable à l'écran, plus il est littéraire. C'est donc complètement à l'opposé de tout ce que j'aime de la littérature, et ça va surtout complètement à l'encontre des raisons pour lesquelles j'écris. Et c'est ça qui, je crois, me rend mal à l'aise.

De plus, l'image et les mots sont deux langages très différents, et l'écriture pour le papier est très différente de l'écriture pour l'écran. Résultat : ou bien la bande-annonce est ratée, ou bien j'ai l'impression de me faire tromper. Comprenez-vous? On me vend un film, et je vais me retrouver avec du papier entre les mains. Et tout mon imaginaire va être bousillé.

Pourtant, c'est très actuel, tendance, nouvelle technologie. Le genre de truc dont les chercheurs du NT2 doivent raffoler. Mais... Je suis pas sûre.

Vous en pensez quoi, vous?

mercredi 10 février 2010

On ne peut pas tous être Carrie Bradshaw


Découverte chez la Blondissime, une chronique surprenante, un peu triste, un peu cynique, mais pourtant assez sensée de Lori Gottlieb, auteure d'un livre très controversé (et vous comprendrez pourquoi assez vite) : Marry him! - The Case for Settling for M. Good Enough.

En gros, madame Gottlieb nous dit que, après avoir eu un enfant seule parce qu'elle avait rejeté tous les partis potentiels pendant sa vingtaine et sa trentaine, elle se rend compte, à quarante ans, qu'elle serait prête à se "caser", et pas nécessairement avec quelqu'un qui la flabbergaste, juste avec un gars qui "ferait la job". Un Marcel Leboeuf de l'amour, quoi. Le problème est qu'il y a de moins en moins d'hommes "good enough" libres autour d'elle, et encore moins d'hommes flabbergastant. Conclusion : elle aurait dû se caser plus tôt, avec quelqu'un qui ne la renversait pas nécessairement, mais qui aurait fait un bon père et un bon compagnon de vie.

J'ai déjà entendu une thèse semblable de la part de quelques personnes de mon âge qui disaient trouver plus censé de se marier avec leur meilleur ami que de bâtir une famille sur la passion amoureuse. Pas fou. En fait, ça n'a rien de neuf, tout ça : on revient au modèle du mariage de raison, mais basé sur la famille plutôt que sur l'argent. Mais si le mariage d'amour est si risqué et si peu probable, pourquoi est-ce que, depuis Charles Perrault jusqu'à Rafaële Germain, en passant par Jane Austen, tous les modèles fictifs tendent vers lui?

Lori Gottlieb utilise un exemple tiré de Sex and the City (ATTENTION, SPOILER ALERT) : Carrie trompe le gentil et attentionné Aiden avec Mr. Big, beaucoup plus excitant, mais surtout beaucoup plus égocentrique. Si on regarde la situation d'un point de vue rationnel, on se dit qu'elle serait beaucoup plus heureuse avec Aiden, qui pense à elle, qui veut s'investir dans la relation et qui veut fonder une famille. Pourtant, quand Carrie laisse finalement Aiden, une part de nous est soulagée : elle ne choisit pas la plate sécurité de la tendresse, mais plutôt la folle passion et ses écueils. Et la série confirmera notre point de vue en réunissant Carrie et Big une fois pour toutes.

Mais on ne peut pas tous être Carrie Bradshaw. Alors, on fait quoi? On marie notre meilleur ami?

samedi 30 janvier 2010

Littérature vs "malbouffe culturelle"


La Presse d'aujourd'hui consacre les premières pages de son premier cahier (et ce n'est pas peu dire) aux lectures obligatoires au secondaire. Moi qui trouve qu'on ne parle pas assez de littérature dans les médias, je ne me plains pas. D'autant plus que la tendance générale des articles est qu'on ne devrait pas imposer des oeuvres aux profs de français, mais tenter de rendre le cheminement des élèves un peu plus cohérent en suggérant une progression.

Pas fou. C'était le cas à mon école secondaire (privée, shame on me). Je me rappelle en tout cas qu'en secondaire 3, on lisait surtout des contes; en secondaire 4, du théâtre et des oeuvres françaises; et en secondaire 5, de la littérature québécoise. Et, si je me souviens bien, on avait une dizaine d'oeuvres à lire chaque année, soit le double des cinq oeuvres recommandées par le Ministère. Et pas de ce que Lise Bissonnette appelle de la "malbouffe culturelle".

Car il y a là une grosse part du débat dans les pages de La Presse : jusqu'à quel point devons-nous mettre au programme des livres que les jeunes vont aimer (certains font lire Twilight) sous prétexte qu'on veut leur faire aimer la lecture? Et doit-on absolument lire Maria Chapdelaine sous prétexte de se forger une culture?

Personnellement, je suis plutôt au centre du débat. Pour le plaisir de lire, mais contre le best-seller à tout prix. Pour la culture, mais contre l'imposition d'oeuvres qui risque de dégoûter les élèves de la lecture. Si, au secondaire, on m'avait donné à lire Twilight (ou un roman ado de la Courte échelle, malgré tout le respect que j'ai pour cette maison), j'aurais franchement décroché. Mais j'ai décroché aussi à Maria Chapdelaine. Tout est une question de dosage. On peut faire dans l'amusant tout en se cultivant. Allez lire Assommons les pauvres de Baudelaire, vous verrez de quoi je parle.

Malgré tout l'intérêt que je porte à la littérature de genre (je ferais lire un Simenon ou un Asimov à mes étudiants sans problème), je reste quand même méfiante envers ceux qui n'enseignent que ça sous prétexte que "les faire lire, c'est déjà une victoire". Élitisme universitaire, me direz-vous? Je ne sais pas. Oui, il faut tenir compte du fait que les élèves, souvent, n'aiment pas lire. Mais si l'école ne les pousse pas à sortir des ornières de la culture populaire, ne serait-ce que le temps d'un seul livre, ils ne le feront jamais. Ils continueront de consommer des films hollywoodiens et des télés-réalités, et ne sauront pas trop qui sont Michel Tremblay et Émile Zola. Est-ce le genre de spectateurs/lecteurs qu'on veut former?

En fait (et c'est triste à dire), ce que je vois chez les futurs enseignants au secondaire que je côtoie depuis 4 ans me pousse à me demander jusqu'à quel point les profs de français qui font lire Twilight le font pour faire lire les élèves, ou parce qu'ils ont eux-mêmes peur des oeuvres dites "classiques"...

mercredi 30 décembre 2009

Un (autre) top 10 pour 2010


Souper de Noël chez les Raymond.

Attablés devant les vol-au-vent aux pétoncles et au caviar de saumon (la crise, très peu pour nous), nous lançons quelques blagues douces-amères sur la "décennie de la peur" que nous venons de traverser, énumérant les divers échecs de la planète depuis le so-called bogue de l'an 2000. La soirée avançant, le désespoir nous prend, et nous en venons presque à espérer la fin du monde en 2012.

Mais soudain (est-ce l'alcool?), l'optimisme nous frappe : nous entreprenons, un peu naïvement, de dresser un top 10 des meilleures choses qui sont arrivées à l'humanité depuis le 1er janvier 2000.

Après 3 heures de délibérations, nous n'avons réussi à dresser, de peine et de misère, qu'un top 7. Je vous le propose, dans le désordre, en espérant que vous saurez le compléter...

1. Le Web 2.0
Tous les individus n'ont pas encore accès à Internet, mais il reste que le Web 2.0, c'est-à-dire la version interactive de la Toile (pensez blogues, Facebook, Wiki et autres Twitter), a révolutionné les façons de vivre et de communiquer de la majorité de l'humanité. Le monde n'est plus imaginable sans lui.

2. Obama
...et tout ce qu'il représente : l'évolution des mentalités, l'accession à l'égalité pour les Afro-Américains, name it. Même si on peut avoir toutes sortes de réserves à son endroit (et même s'il suscite des réactions pas très jolies chez ses détracteurs), il faut admettre que son élection a une charge symbolique puissante.

3. Les découvertes spatiales
L'eau sur la Lune et sur Mars, notamment. On peut objecter que les dépenses d'argent engendrées par la recherche spatiale sont incommensurables, mais il faut admettre qu'il est dans la nature de l'humain de vouloir découvrir ce qui est autour de lui. Après l'Amérique, l'espace! Et ces découvertes joueront peut-être un rôle plus grand qu'on ne l'imagine dans la survie de l'humanité...

4. La trithérapie
Même si l'accessibilité à cette méthode de traitement est terriblement inéquitable, il reste que son développement est un événement majeur dans la gestion du virus.

AJOUT : apparemment, la trithérapie a commencé à être utilisée avant 2000... Et une bonne chose de moins pour la décennie!

5. L'accroissement des droits des homosexuels
Encore une fois, c'est inégal à travers le monde, mais les couples de même sexe sont de plus en plus reconnus, peuvent adopter, etc. La lutte n'est pas terminée, mais l'avancement est manifeste.

6. L'évolution des mentalités sur le tabac
En particulier l'adoption de lois, un peu partout dans le monde, limitant son usage à l'extérieur des lieux publics. Certains diront qu'il s'agit d'une répression - mais la majorité des fumeurs autour de la table (et il y en avait beaucoup) s'entendait pour parler d'une amélioration.

7. L'avancée des programmes d'aide à la famille
Au Québec et en Europe surtout, les congés parentaux, les prestations diverses, les garderies subventionnées et les programmes de toutes sortes pour aider les citoyens à fonder une famille se sont particulièrement améliorés dans les 10 dernières années.


J'ajoute également, au bénéfice des lecteurs, les deux éléments qu'après réflexion, nous n'avons PAS ajoutés à notre top :

La décentralisation du pouvoir économique

La mondialisation (avec toutes ses dérives), la disparition quasi complète du communisme et l'accession de la Chine et de l'Inde au nouvel ordre économique mondial ont mené à une répartition un peu plus équitable du pouvoir économique sur la planète. Mais nous n'arrivions pas à déterminer de façon consensuelle qu'il s'agit d'une bonne chose, puisque cela signifie aussi que le capitalisme et la société de consommation ne font que s'étendre davantage...

L'éveil des consciences par rapport à l'environnement
Nous avons pensé mettre le bac vert dans la liste, mais nous avons été arrêtés par la pensée que, pendant que le bon citoyen composte, réutilise 10 fois ses ziploc et classe ses vidanges pour mettre son bac au chemin, il oublie de manifester pour que les gouvernements et les grosses compagnies fassent comme lui. De plus, nous avions tous Copenhague en travers de la gorge...


Voilà. Notre liste est certainement très occidentale, mais c'est ce sur quoi nous avons réussi à nous entendre pour nous réconcilier avec les années 00. J'attends vos ajouts et vos commentaires!

samedi 7 novembre 2009

L'Amérique du Nord et la culture

En ce moment, ma façon de faire de la recherche ressemble beaucoup à de la navigation sur le web; vous savez, quand un clic en amène un autre et qu'à force d'aller de lien en lien, on finit par se retrouver sur un site qui était à mille lieues de ce qu'on cherchait au départ. En allant des notes de bas de page d'un article à celles d'un ouvrage, c'est comme sur Internet, on finit par tomber sur toutes sortes de drôles de choses.

Ma dernière trouvaille, à laquelle je suis arrivée par l'entremise de L'Écologie du réel, est un essai qu'on pourrait qualifier de philosophicosocial. L'Amérique du Nord et la culture, du Québécois Michel Morin, porte, bien sûr, sur l'Amérique du Nord et la culture, mais aussi, dans une perspective nord-américaine, sur la question nationale québécoise. Précisons qu'il a été publié en 1982 et que le sujet était particulièrement délicat à l'époque.

Le sujet n'est plus aussi chaud qu'alors et je ne suis pas la plus convaincue des souverainistes, mais je dois dire que l'avis de Morin sur l'indépendance m'a brassée.

Selon lui, "les intellectuels, pour autant qu'on puisse déceler chez eux une tendance dominante, au Québec, et peut-être aussi en Amérique du Nord, sont portés à surestimer l'importance et la signification des différences linguistiques" parce qu'ils présument que la langue est "l'expression nécessaire d'une tradition culturelle" et d'une "certaine vision du monde". Or, pour Morin, cette idée de la coïncidence d'une langue avec un contenu culturel défini, "caractéristique de la culture européenne", est fausse.

Énoncer une telle idée en 1982, alors que la question linguistique est au coeur des revendications nationales, c'est lancer un énorme pavé dans la mare. Surtout si on ajoute ensuite que "la différence linguistique des Canadiens français ne saurait [...] être considérée comme une survivance européenne en Amérique du Nord, et ne saurait en conséquence justifier le repli de cette différence à l'intérieur d'une représentation nationale à l'européenne." Pour Morin, il n'y a pas de contradiction entre le mode de vie nord-américain des Québécois et leur spécificité linguistique et, donc, "aucune urgence nationale". Il porte enfin le coup de grâce en affirmant "la faible qualité des oeuvres culturelles [que l'élite] s'emploie à produire malgré tout".

Bon, ouch. Ça choque évidemment de se faire dire tout cru que notre seul projet collectif est voué à l'échec parce qu'il s'appuie sur une prémisse fausse, et qu'en plus nos productions culturelles ne valent pas de la marde. On se pose des questions, on se demande si on n'essaie pas d'aller contre la nature nord-américaine, ou contre la mondialisation, the usual.

Puis on se rend compte que, finalement, la position de Morin est proche du plurilinguisme de Trudeau, sauf qu'il s'appuie sur Spinoza, alors ça a l'air plus impressionnant. Il suggère en effet que "la surestimation de la différence 'québécoise' procède d'une réflexion insuffisante sur la réalité nord-américaine", qui est celle du métissage linguistique et culturel. Ainsi, "la 'réussite' du Canada français n'aurait pas été de survivre en tant qu'identité ethnique homogène, mais au contraire, en raison d'une situation historique particulière, [...] d'être resté ouvert, disponible aux contacts avec l'autre (qu'il s'agisse de l'Indien, de l'Anglais, ou de l'Américain)". Enfin, il termine son essai en affirmant que le regroupement national ne peut être qu'une mauvaise idée puisque "l'avenir est du côté des individus, de l'individu instaurateur de sa propre loi, se donnant à lui-même son propre testament, forgeant sa propre langue" (ce qui est assez vrai, il faut dire).

En somme, la scission entre l'élite et le peuple vient de ce que l'élite n'a pas compris qu'on devrait vivre dans la diversité (donc elle s'acharne à réaliser un vieux modèle européen), alors que le peuple, lui, a tout saisi, puisqu'il vit dans la cohabitation paisible des individualités diversifiées.

C'est bien beau tout ça, mais il y a un truc qui m'échappe : les Québécois, ouverts sur l'autre? Depuis quand, exactement?

dimanche 1 novembre 2009

Le problème avec Facebook

Je ne sais pas pour vous, mais quand je lis un auteur (ou un style de texte) de façon soutenue, la narration interne de pensées se trouve toujours plus ou moins influencée par le ton dudit auteur ou dudit texte. Pour vous donner un exemple, si je lis Proust, je me mets à penser en phrases interminables et à conjuguer au passé simple et à l'imparfait du subjonctif, en plus d'avoir beaucoup de pensées digressives sur la beauté du paysage et la nature humaine. Si je lis des articles théoriques, je me mets plutôt à penser de façon concise et argumentative. Bon, évidemment, j'exagère, mais vous comprenez.

Le problème avec Facebook, c'est que je pense de plus en plus sous forme de statut Facebook. Vous savez, du genre "Maude est allée voter et compte sur vous pour faire pareil" (j'espère d'ailleurs que vous y êtes allés!). Je vis/vois/pense/fais quelque chose et, aussitôt, un statut Facebook se forme dans ma tête, plus ou moins involontairement. Le statut est devenu un un réflexe.

Contrairement au style proustien, ça a l'avantage de faire travailler mon esprit de synthèse, mais là n'est pas la question. Le fait est que Facebook a modifié non seulement le mode d'expression de nos pensées, mais la nature même de ces pensées (on n'a qu'à penser à ces soirées où l'on a l'impression que la personne qui photographie l'événement planifie en temps réel son album Facebook). Et tout ça porte sérieusement à réfléchir.

On peut penser que Facebook répond à un désir d'exhibitionnisme égocentrique : le besoin de se représenter et de vivre pour et par la représentation de soi est certainement typique de l'individualisme et de la culture de l'image contemporains.

Pourtant, dans L'individu incertain, Alain Ehrenberg suggère que cette obsession contemporaine du témoignage ne serait pas le fait d'une dissolution du social dans la plasticine individualiste, mais plutôt une tentative désespérée de maintenir le lien social dans une société désertée par le politique. On pourrait donc considérer Facebook comme le catalyseur d'un désir de communication et de cohésion sociale (parce que le statut et les albums suscitent des réponses, des commentaires, des interactions, on en abuse).

...


Quoi qu'il en soit, je vais quand même essayer de me passer de statut Facebook pour quelques jours, le temps de retrouver un mode de pensée un peu plus normal et, surtout, d'arrêter de parler de moi-même à la troisième personne.

lundi 19 octobre 2009

Le papier contre l'écran

Umberto Eco est un de mes penseurs préférés, parce qu'il sait faire image et expliquer des théories complexes dans des termes qui sont tout sauf pompeux et universitaires. J'aime sa façon inclusive de considérer la littérature, en particulier la littérature populaire. Bref, je l'aime parce que c'est un théoricien ouvert (comme l'oeuvre).

J'ai trouvé, sur cyberpresse, un extrait d'une entrevue qu'il a accordé à Télérama à propos du livre électronique. Je me suis évidemment précipitée pour le lire, et j'aimerais le partager avec vous :

“L’e-book, sur lequel le feuilletage est possible, a beau se présenter comme une nouveauté, il cherche à imiter le livre. Dans une certaine mesure seulement, puisque, sur un point au moins, il ne peut l’égaler : le livre de papier est autonome, alors que l’e-book est un outil dépendant, ne serait-ce que de l’électricité. Robinson Crusoé sur son île aurait eu de quoi lire pendant trente ans avec une bible de Gutenberg. Si elle avait été numérisée dans un e-book, il en aurait profité pendant les trois heures d’autonomie de sa batterie. Vous pouvez jeter un livre du cinquième étage, vous le retrouverez plus ou moins complet en bas. Si vous jetez un e-book, il sera à coup sûr détruit. Nous pouvons encore aujourd’hui lire des livres vieux de cinq cents ans. En revanche, nous n’avons aucune preuve scientifique que le livre électronique puisse durer au-delà de trois ou quatre ans. En tout cas, il est raisonnable de douter, compte tenu de la nature de ses matériaux, qu’il conserve la même intensité magnétique pendant cinq cents ans. Le livre, c’est une invention aussi indépassable que la roue, le marteau ou la cuiller.”

On peut opposer quelques contre-arguments aux siens (à propos de l'autonomie de la batterie, notamment) et répliquer, surtout, que le livre électronique permet de retrouver un passage mille fois plus rapidement que le livre traditionnel (fut-il pourvu d'un index), et peut en outre contenir plusieurs livres dans un espace restreint. En fait, le livre électronique est sans doute au livre papier ce qu'Internet est à la recherche en bibliothèque.

Mais ce que je comprends de son explication, au-delà de la comparaison et d'une certaine réticence par rapport à la technologie, c'est l'amour de l'objet livre et la crainte de le voir disparaître - deux choses que je partage avec lui. Ainsi, je m'interroge : si le livre électronique devenait aussi répandu, pratique et bien fait que, disons, le iPod, est-ce que je me débarrasserais de mes bibliothèques? Le temps gagné pour la recherche en littérature serait considérable, mais est-ce que l'impersonnel e-book pourrait vraiment faire disparaître les quelque mille bouquins qui me font sacrer à chacun de mes déménagements? Est-ce qu'il pourrait remplacer le plaisir de tomber sur une belle édition d'un livre qu'on aime?

On pourrait faire le parallèle avec le mp3, mais il faudrait y opposer les vinyles, qui comportent une charge émotive plus forte que les CD ou les cassettes, et qui sont donc plus comparables aux livres. Les vrais amoureux de la musique que je connais, ceux qui l'aime comme j'aime la littérature, ont des mp3, bien sûr, mais aussi beaucoup de vinyles.

Alors? D'après vous?

samedi 17 octobre 2009

Paradoxe

"Écrire, comme immigrer, [...] c'est rejeter la famille et l'héritage." (Jacques Godbout)

Mais qu'est-ce qu'on fait quand écrire, c'est la famille et l'héritage?

lundi 14 septembre 2009

Littérature de poussin


Bon. Qu'on se le dise : la fille qui lit de la chick lit (de chick literature, à peu près "littérature de poulettes"), ce qu'elle veut, c'est sensiblement la même chose que la mère de famille qui lit un Harlequin : une histoire d'amour excitante, pleine de rebondissements et de suspense, mais tout au long de laquelle elle SAURA que l'héroïne finira avec le héros. Et elle veut aussi que, même si elle le sait, elle puisse espérer tout le long que ça arrive, pour que sa satisfaction quand ça finira par arriver soit immense. J'irais jusqu'à dire : cathartique. Parce que la lectrice de chick lit, elle veut vivre, par procuration, tous les frissons de l'histoire d'amour enlevante en restant sagement avec son chum ou son mari, ou alors avec son chat, en espérant vivre la même chose un jour, mais pour vrai. Et en lisant ladite histoire d'amour, elle purge ses passions. Si si, comme au théâtre, mais en moins subtil.

Bon, je dis ça, dans le fond j'ai juste lu deux romans de chick lit dans ma vie. Le premier, c'était pour un travail sur le postféminisme dans un cours sur la littérature des femmes au Québec (et c'était Soutien-gorge rose et veston noir de Rafaële Germain, en l'occurrence). L'autre, c'était absolument pour rien, parce que c'était l'été et que j'avais envie de quelque chose de pas intellectuel, et bon, évidemment, parce que j'avais envie d'une histoire d'amour enlevante. J'ai donc emprunté l'autre livre de Rafaële Germain à une amie. Le premier, s'il était terriblement médiocre sur le plan du style, avait eu le mérite de me donner envie, tout au long de ma lecture, que telle fille finisse avec tel gars. J'espérais à peu près la même chose du deuxième, pas plus.

Déception. Ce deuxième livre ne respecte absolument pas les règles du genre (voir plus haut). Non seulement l'héroïne ne finit pas avec le gars avec qui on voudrait qu'elle finisse, mais on a l'impression qu'elle fait la morale à sa lectrice en lui disant de vieillir, d'être plus sage, d'avoir moins peur, d'avoir moins d'espoirs fous, et d'accepter d'aimer le gars gentil, doux, bon pour elle. Bref, d'être une ADULTE. Bordel. La lectrice de chick lit ne veut surtout pas que l'héroïne devienne une adulte, et encore moins qu'on lui demande de faire pareil. Justement : elle veut que l'héroïne soit jeune et folle, pour pouvoir se vautrer dans la nostalgie de cette époque où elle l'était, elle aussi, ou encore pour s'identifier à elle. Mais là, dans Gin tonic et concombres, zéro identification. Complètement raté.

Ce que je trouve le plus triste, dans tout ça, c'est que si on enlève l'étiquette un peu culpabilisante mais rassurante de chick lit à ce livre, qu'est-ce qui reste? Rien, sinon le constat désolant que l'auteure de ce livre n'est pas une bonne écrivaine. L'histoire est entortillée, c'est mal écrit, et c'est même pas satisfaisant.

Mais alors, dites-moi : pourquoi est-ce qu'autant de filles le lisent malgré tout?

samedi 5 septembre 2009

Étirer l'été


On m'a reprochée de me faire rare ici. Mea culpa. Je vous trompe avec mon roman. Mais là, un peu tannée de reconjuguer des verbes, je viens faire un tour, histoire d'investir un peu dans notre relation.

Il faut que je vous avoue un truc. (Eh oui, encore! C'est là-dessus qu'on bâtit une relation : l'honnêteté et le partage.) Dans 3 jours, je commence ma maîtrise, cette maîtrise que j'ai hâte d'entamer depuis 2 ans et pour laquelle j'ai même fait un deuxième bacc, et pour la première fois depuis que je me suis assise sur un banc d'école, je n'ai pas hâte à la rentrée.

Traitez-moi de nerd si vous voulez, mais j'ai TOUJOURS eu hâte à la rentrée, pour diverses raisons. Depuis quelques années, j'ai peut-être été moins impatiente de la voir arriver, mais j'ai toujours eu cette envie de m'y remettre, en septembre. Les circulaires pleines de fournitures scolaires m'ont toujours donné envie de courir chez Bureau en gros.

Mais cette année, maintenant que j'y suis enfin, à cette rentrée tant attendue, ça me tente pas.

Ce n'est pas par manque d'intérêt, pourtant : mon sujet m'allume encore, même si je l'ai choisi depuis plus d'un an. Malgré ça, je donnerais beaucoup pour avoir encore tout un été devant moi, pour passer mes journées à marcher tranquillement jusqu'au marché Jean-Talon, à lire au parc Jarry, à boire des cafés glacés, à prendre des bières avec les copains, à me coucher trop tard, à dormir dans mon hamac, à bruncher n'importe quand dans la semaine, à porter des robes, à avoir chaud.

Avez-vous des trucs pour étirer l'été? Ou, plus utile peut-être, pour me donner le goût de me relancer dans la course folle des sessions universitaires?

mardi 28 juillet 2009

Les mots des autres


En ce moment, je suis envahie par les mots des autres.

Ceux de Virginia Woolf qui, dans Une chambre à soi, essaie de comprendre les liens entre la condition des femmes et les romans qu'elles ont écrit - ou, surtout, ceux qu'elles n'ont pas écrit. L'essentiel de sa thèse, vous le savez peut-être, est que, pour écrire, une femme doit disposer d'une pièce à elle, de suffisamment d'argent pour vivre et de temps devant elle. Des exigences incompatibles avec la vie des femmes d'avant la révolution sexuelle. Et pourtant, il y a eu Jane Austen, les soeurs Brontë, George Sand, Laure Conan, Simone de Beauvoir... Des cas à part? Ou alors, des femmes qui ont choisi de sacrifier leur féminité?

Elle dit aussi ceci, que j'ai envie de vous faire lire :

" Le monde ne demande pas aux gens d'écrire des poèmes, des roman ou des histoires; il n'a aucun besoin de ces choses. Peu lui importe que Flaubert trouve le mot juste ou que Carlyle vérifie scrupuleusement tel ou tel événement. Et bien entendu, il ne paye point ce dont il a cure."

Les mots de Jane Austen, aussi, parce que Virginia Woolf m'a donné envie d'ouvrir pour la première fois Orgueil et préjugés. Si j'ai généralement très peu d'intérêt pour les reconstitutions historiques, les romans ou les films de notre époque qui jouent à représenter le passé, j'aime les romans qui sont ancrés dans une autre époque, mais qui est la leur. C'est pour ça que j'aime tant Simone de Beauvoir et Emily Brontë, et c'est ce qui me fait aimer Jane Austen. Ça, et l'ironie subtile qui glisse entre les lignes.

Selon Virginia Woolf, Jane Austen a dû écrire toute son oeuvre sur un coin de table, dans un salon commun, en étant constamment dérangée par les membres de sa famille et par des visiteurs, et en devant cacher à tout le monde qu'elle écrivait.

Et moi, dans mon bureau juste à moi, avec assez d'argent pour ne pas m'en faire, je ne suis pas foutue de finir un roman qui n'arrive certainement pas à la cheville d'Orgueil et préjugés. De quoi confondre Woolf.

Je vous laisse sur d'autres mots, ceux de la blondissime chroniqueuse, qui sont tout à fait dans le goût de mes lectures du moment : "l'écriture est un jardin anglais", dit-elle.

C'est ici.

samedi 30 mai 2009

Stop ou encore?


Zviane a fait une longue BD l'autre jour sur le blogue et l'autobio en BD et, notamment, elle disait ceci : "Un blog, c'est comme un monstre affamé. Tu dois toujours le nourrir, et ça te stresse. Mais t'as un salaire : les commentaires et l'affluence. Il vient un temps où tu n'as pas envie de poster, mais tu le fais juste pour nourrir le monstre".

J'ai ouvert ce blogue parce que j'avais plein de choses à raconter emprisonnées dans ma tête, et que j'avais envie d'avoir un endroit où les faire sortir, où les partager. Mais je n'avais pas pensé à la paresse, celle qui fait que je préfère raconter les choses de vive voix, d'un jet, parce que ça va plus vite; celle qui fait qu'une fois le billet écrit dans ma tête, je perds le goût de m'asseoir pour le taper; celle qui fait aussi, sans doute, que j'ai envie de devenir prof de cégep plutôt que de rédiger des articles savants à longueur d'année.

Et pourtant, j'aime écrire. De la fiction autant que de la théorie. J'en ai besoin.

Ces choses-là, que j'ai envie de raconter, elles sont encore là. Le stock se renouvelle tous les jours. Il faut juste que je reprenne l'habitude de les mettre ici, avant qu'elles me quittent dans un flot de paroles...

Allez, on essaie encore.

samedi 14 mars 2009

Investir dans le papier kraft


Savez-vous c'est quoi, vous autres, le papier commercial? Vous savez, celui qui a fait perdre tant d'argent à la caisse de dépôt?

Vite de même, j'aurais dit le papier d'emballage, le papier à imprimante, ce genre de choses.

Je n'ai pas honte de mon ignorance : Foglia pensait pareil. Mais grâce au chroniqueur financier Claude Piché, Foglia et moi, on a enfin compris : "papier dans le sens de papier-monnaie. Des titres, tu comprends, des titres!"

Titre, n. m.
[FINANCES] Document généralement transmissible et négociable, remis à un obligataire ou à un actionnaire par la société qui l’a émis.
(Antidote)

Des actions, finalement. La caisse de dépôt a acheté des actions avec notre argent. Et elle a perdu notre argent quand ces actions ont perdu de la valeur à cause de la récession.


J'aurais préféré qu'elle investisse dans le papier kraft.

mercredi 4 mars 2009

Subventionner les riches, ça donne des polyvalentes mouillées

(c'est mon école secondaire - elle est belle, hein?)

Je suis un produit de l'école privée. Au secondaire, j'ai eu droit à un programme enrichi et à des professeurs motivés et disponibles qui, en plus de me permettre de péter des scores dans mes cours de français et de philo au cégep, m'ont transmis une large culture générale et une méthode de travail solide.

Je veux dire, on lisait tous les classiques du théâtre français en secondaire 4 et le Monde diplomatique en secondaire 5, et on étudiait la philosophie de Kierkegaard et de Spinoza en plus de l'histoire des courants littéraires, entre autres choses.

Et pourtant.

Hier, à Maisonneuve en direct, il était question du financement des écoles privées. À la question "Faut-il continuer de financer l'école privée?" (qui l'est à 60%, ne l'oublions pas), je n'ai qu'une seule réponse : NON!

Non seulement les écoles privées créent une ségrégation sociale entre les plus et les moins riches, mais en plus, elle écrème les élèves riches pour ne garder que ceux qui sont, selon ses critères, assez doués. Pourquoi est-ce que les parents qui n'ont pas les moyens de payer le privé à leur enfant devrait payer, avec leurs impôts, pour tous ceux qui les ont? Si on cessait de subventionner les écoles privées pour donner cet argent au public, on se retrouverait avec de meilleures écoles publiques qui pourraient se permettre d'avoir elles aussi des programmes enrichi, comme le volet international ou encore le programme Défi de Sophie-Barat, sans sacrifier le "régulier". Il me semble que mon raisonnement n'a rien de révolutionnaire; pourquoi est-ce que le gouvernement n'y a pas pensé tout seul?

Si on redonnait au public l'argent du privé, la question du choix ne se poserait même plus, à mon avis. Il faut dire qu'à 11-12 ans, j'ai choisi le privé parce que, à Sophie-Barat, le jour de l'examen pour entrer au programme Défi, il pleuvait et le toit coulait, laissant des grandes flaques d'eau dans les corridors déjà un peu tout croches...